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Confessions trop intimes de Patrice Leconte
par Quentin Faucheux-Thurion
samedi 3 août 2013

Synopsis William Faber est conseillé fiscal dans le cabinet légué par son père. Attaché à ses habitudes et à sa solitude, il va rencontrer Anna, venue frappé à sa porte en pensant rentrer chez son psychanalyste. A la fois perturbé et fasciné, William n’osera pas lui avouer sa véritable profession et fera en sorte que leurs rendez-vous continuent. Bien qu’Anna sache la vérité à son sujet, elle continue de lui parler et de lui dévoiler ses plus intimes secrets. Les deux inconnus se désirent de plus en plus l’un l’autre. Manipulation, mensonges, passion, Anna est un personnage énigmatique qui va apprendre autant de chose sur sa vie privé à William qu’il n’en apprendra sur lui-même…

Analyse Si l’on se souvient des légères et populaires comédies de Leconte, on oublie trop souvent le reste de son cinéma, bien souvent de qualité et témoignant d’une grande sensibilité et d’un amour du 7e art.

Confessions trop intimes est sans doute l’un de ses films les plus complexes et les plus aboutis. D’abord un film psychologique et verbo-centré, il mène également à bien une réflexion sur la passion, la curiosité, l’érotisme, et bien entendu sur les implications du passé dans le présent. Le temps semble s’être arrêté chez ce conseillé fiscal, exacte reflet de son père et enfant dans l’âme, en témoigne son immense collection de jouets anciens. Un personnage routinier que l’on se plairait à exécrer.

Si Sandrine Bonnaire cherchait auprès de lui une thérapie, elle trouva au moins un oreille attentive, qui de ses confessions se pliera au jeu de l’introspection. Cette femme mystérieuse l’envoûte, l’intrigue, l’hypnotise. Perturbé, il cherchera à la comprendre, à l’aimer, mais commencera à se fermer dès lors qu’elle lui donnera accès à un degré de sa propre conscience et lui offrira la possibilité de se connaître lui-même un peu plus. Leconte installe une tension physique, sensuelle entre ses deux héros, qui on l’espère vont s’aimer l’un l’autre. Or seul une progression du personnage principal permettrait l’éclosion de cette romance, presque impossible tant à cause de Marc que de l’aspect volage et fantomatique de Anna.

La mise en scène épouse alors le fond du film, où tout est en miroir, les lieux, les personnages, la pseudo thérapie. Dans un même espace, les personnages sont à distance, séparés dans le plan. Le cadrage, ou plutôt le décadrage, accentue le caractère presque surréaliste de cette relation, qui, aussi hasardeuse soit-elle, semble improbable pour des questions avant tout physiques. Chacun est le reflet des désirs et des secrets de l’autre. Les lieux se confondent et se ressemblent afin de créer une harmonie dissonante. Un film symphonique sans doute, où les personnages sont confinés, enfermés, et cherchent à échapper à ce cantonnement malsain.

Par ailleurs, William Faber a quelque chose d’adolescent. Bien qu’ayant une expérience relative du monde, de la vie, il semble que la rencontre avec Anna marque un tournant dans son quotidien. Première à le pousser en dehors de son appartement, elle apparaît également comme la première expérience érotique et du héros. Fantasme ou réalité, cette relation a quelque chose de fortuit qui donne d’autant plus de résonance et de force au personnage. Erreur, mensonge ou même tentative de séduction, le spectateur, tout comme Faber ne sait pas sur quel pied danser avec le personnage énigmatique d’Anna. Il y a en ce personnage quelque chose de très Rohmérien. Chez elle, le mot est en totale contradiction avec la parole, avec les pulsions primaires du corps. Un personnage masculin dont la vie est en construction donc, et pour qui cette femme devient un professeur, un exemple, une obsession. En quittant son appartement, s’est une vie nouvelle qui démarre, toujours en miroir, mais où tout reste à écrire. La page est aussi blanche que les murs de son nouveau foyer.

Scénario : Patrice Leconte, Jérôme Tonnerre Avec : Sandrine Bonnaire, Fabrice Luchini, Michel Duchaussoy 104 min, 16/9e, 35mm, couleurs

Patrice Leconte

Et non, Patrice Leconte n’a pas fait que la série des Bronzés (1978-1979-2006), Viens chez moi, j’habite chez une copine (1982) et autres comédies légères mais non moins réussies. Cet auteur réalisateur, sorti tout droit de l’HIDEC (aujourd’hui la Fémis), est sans doute l’un des réalisateurs français les plus productifs et les plus inventifs.

Avec des films comme Tandem (1988), Monsieur Hire (1989), Le Mari de la coiffeuse (1990) ou Voir la mer (2011), il a su faire preuve d’un talent inoui pour l’écriture et la mise en scène. Nombre de ses films ont d’ailleurs été récompensés aux Césars, preuve de la reconnaissance de son travail par la critique française et la communauté cinématographique.

Il s’est également éssayé à l’animation, avec tout récemment son Magasin des suicides, ainsi qu’au documentaire, avec Dogorra, ouvront les yeux (2004), magnifique panoramique sur le Cambodge en reconstruction politique, économique et sociale.

Fabrice Luchini est un acteur français très apprécié du grand public. Découvert par Phillipe Labro, qui lui offre son premier rôle en 1869, c’est sa rencontre avec Eric Rohmer qui le fera entrer dans le monde du cinéma par la grande porte. Avec des films Comme Le Genoux de Claire (1970), Les nuits de la pleine lune (1984) ou Perceval le Gallois (1978), il fait preuve d’une grande finesse de jeu et d’une capacité d’adaptation inouïe.

Ses talents d’acteurs lui auront permit de travailler avec les plus grands, de Chabrol à jacquot en passant par Oshima, sans oublier Lellouch, Klapisch et Ozon. Un carrière riche et éclectique, qui fait de lui l’un des acteurs de référence du cinéma français. Mais il ne faut pas oublier qu’il est vite revenu à son premier amour, et pas des moindres, le théâtre, preuve de sa passion du jeu et de la littérature, classique et contemporaine.

 

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