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Prix Ulysse à l’ensemble de l’oeuvre
dimanche 3 novembre 2013

Avec Erri de Luca

Cher Erri de Luca,

Les habitants de Bastia et de la Corse qui sont venus vous écouter ne seront pas dépaysés. La plupart de vos récits, romans ou textes parlent d’une ville, je cite, « dont les vieux immeubles étaient pleins de trappes murées, de passages secrets, de crimes et d’amours illicites. Les vieux immeubles étaient des nids de fantômes. » Et cette ville est un port de Méditerranée. La mer joue son rôle dans l’apprentissage du jeune garçon que vous décrivez, mettez en scène, mais comme vous l’écrivez : « La mer n’enseigne pas, la mer fait, à sa façon. » Voici posé un cadre auquel manque une autre dimension, celle de la montagne, mais nous y reviendrons.

Et dans ce cadre, « il y a » ou il y avait, comme vous l’écrivez dans Tu, mio : « Un seul verbe supportait tout le bien et le mal qui arrivait aux hommes. » Vos livres parlent de cela, d’un passé, du présent, de ce qu’il advient des gens à Naples ou sur une île, voire dans la montagne. On y voit souvent un jeune homme qui apprend. D’un mast’ Errico, d’un Nicola ou d’un Don Gaetano. Ce sont des gens de peu, artisans ou marins, hommes à tout faire, qui ont une forme de sagesse, un sens de la justice et une honnêteté qui aident le jeune héros à trouver sa voie. Il arrive que le père du narrateur joue ce rôle, mais c’est plus rare. Plus sûrement la transmission, comme les secrets, passent par les femmes : « Les récits de ma mère, de ma grand-mère et de ma tante ouvraient les grands entrepôts des histoires. Leurs voix ont formé mes phrases écrites qui ne sont pas plus longues que le souffle nécessaire à les prononcer. » Cette phrase tirée de Les poissons ne ferment pas les yeux m’empêchera d’être trop disert. Les entrepôts des histoires sont vastes, remplis par les aventures du peuple de Naples, de son présent, des souvenirs intenses de la rébellion contre les chars et soldats allemands, de la présence américaine avec ses conséquences souvent désastreuses, de la pauvreté, de la corruption et de la violence. Ces entrepôts contiennent aussi la révolte de la jeunesse dont vous étiez, que vous relatez sans regret ni fierté excessifs. Comme vous l’écrivez dans Le contraire de un, après avoir fustigé la conduite des politiques et de la police d’alors : « Aujourd’hui tu le reconnais, il était impossible de négocier avec cette jeunesse. D’où avait-elle surgi d’un seul coup ? Si opposée à toute autorité, se moquant des délégations, des partis, des votes, si bien implantée dans le peuple, rompue aux moyens expéditifs, contagieuse ». Et puis il y a l’humour : comment ne pas sourire aux mésaventures de La Capa, dont les incompréhensions, les déformations de mots font le sel du Jour avant le bonheur ?

Arrêtons-nous aussi sur ces phrases courtes et denses qui tiennent en un souffle. Ce sont les phrases d’un homme qui aime le verbe maintenir : on tient dans la main, on garde on préserve.

Pendant de nombreuses années, vos mains ont été le premier outil. Et le soir, ou le matin, la main tenait le crayon avec lequel vous formiez patiemment les lettres de l’alphabet hébraïque. Dans Et il dit, vous écrivez ceci : Le judaïsme a été pour moi une piste caravanière de consonnes accompagnées au-dessus et au-dessous par un volettement de voyelles. Entre une ligne et l’autre, dans l’espace blanc, c’est le vent qui gouverne. » Vous puisiez loin dans le temps, vous cherchiez dans l’origine ce qui nous fonde, les récits les plus simples de père et de fils allant vers la montagne, comme Abraham et Isaac, d’un homme, Moïse, soudain chargé d’une mission immense et partant sur le Mont Nébo, de femmes, de mères.

La langue que vous écrivez s’inspire de cet hébreu rude, elliptique et pourtant profond, secret. Vous vous considérez comme appartenant à une treizième tribu et écrivez : Mon titre de voyage est de suivre à l’écart ». Votre langue a aussi une parenté affectueuse avec le yiddish, la langue d’un peuple disparu, absence définitive aussi, d’une certaine Europe. Et si une trace en subsiste, fantomatique, c’est à Naples, dans les « bassi », où Don Gaetano a offert une cachette à un Juif, ou Mast’ Errico héberge Rafaniello, le cordonnier qui « répare les pensées comme les chaussures, en les retournant sur sa caisse. ». Le yiddish est aussi la langue de Caia, en réalité Haia ou Haiele dont le narrateur tombe amoureux dans Tu, mio.

Ainsi se forme le jeune homme, héros de vos récits, qui connaîtra aussi « l’ammore », cette forme hyperbolique de l’amour, l’une des rares exagérations que vous vous permettez, seul moment où le baroque napolitain bouscule la sobriété biblique. C’est le cas dans Montedidio avec Maria, quand elle lui dit « Avimma fa ammore », avant qu’ils ne le fassent vraiment, le narrateur et elle. Et puis on voudrait citer le long monologue que le narrateur adresse à Haia dans Tu, mio. En voici la fin, qui donnera envie de tout lire : « Sur cette île j’avais appris la liberté face à la vie close de la ville, pauvre liberté d’un corps enfin à l’air libre. Vous avez planté l’amour dans ma chair, vous me lancez dans le monde comme une balle perdue. L’amour renferme aussi la colère, le déclic qui fait se lever de sa chaise, comme tu me l’as montré. Tu m’as appelé hors de moi-même, Haia. Ce qui n’était possible que par toi, par toi qui te nommes vie. »

Mais puisque nous sommes partis de la ville bordée par la mer et adossé à la montagne, c’est avec elle que je voudrais terminer. Cette montagne que vous aimez, affrontez comme le fait l’alpiniste Nives Meroi avec qui vous avez dialogué dans Sur la trace de Nives. J’en retiens ces quelques lignes qui disent aussi l’homme que vous êtes, si proche, si séparé. Vous parlez de l’effet que c’est, aller en montagne : « Ce n’est pas un rapprochement, c’est un éloignement de tout lieu, je monte pour tourner le dos. Ce n’est pas un point de rencontre avec les cieux ouverts, mais de nette séparation du sol, j’approfondis une solitude. »

Mais ce soir, heureusement, vous êtes là, parmi nous, à Bastia. Norbert Czarny 23 novembre 2013

 

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